France et Europe
Etre citoyen français aujourd'huiDans un rapport en date du 18 avril 2006 et remis à Catherine Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la parité, Jean Philippe Moinet, journaliste et président de l’Association l’Observatoire de l’extrémisme préconise l’instauration d’une cérémonie officielle obligatoire dans les préfectures et les mairies pour accueillir les nouveaux Français appelés communément naturalisés dans la communauté nationale.Seybani SOUGOUPublié le 23 juillet 2006Evidemment une telle démarche est noble, louable et hautement salutaire, car selon les chiffres rendus publics, chaque année environ 135 000 étrangers sont naturalisés par décret ou par mariage. L'idée suggérée dans ledit rapport vise donc à instaurer un instant solennel, une communion entre la République et ses nouveaux citoyens. Mme Vautrain Ministre déléguée à la Cohésion sociale est même allée plus loin en précisant qu'«une journée de formation aux droits et aux devoirs sera rendue obligatoire dans le contrat d'accueil, ainsi que la capacité à parler notre langue, condition indispensable pour l'intégration». Ce que ce rapport passe sous silence par contre, c’est l’odyssée menée par les postulants à la nationalité française pour obtenir le statut privilégié de Citoyen. Un parcours du combattant qui s’apparente le plus souvent à une sorte de concours, de grand oral ou de test pour intégrer une institution d’élite de type ENA. Un processus normal, diront certains, qui sanctionne une démarche volontaire d’ « intégration réussie ». Certes, nous en convenons, le processus de naturalisation est le fruit d’un long cheminement ; mais quand devenir français doit passer par une sorte d’immersion dans un univers kafkaïen, certaines questions méritent d’être posées. La question fondamentale qui se pose pour les pouvoirs publics est avant tout de définir le but recherché en permettant à un certain nombre d’étrangers de faire partie de la communauté nationale ? Chez bon nombre de naturalisés d’origine maghrébine ou africaine, on constate un sentiment de malaise, de mal être par rapport à la patrie d’adoption qu’est la France. Le sentiment qu’il faille se déposséder totalement, et intégralement de ses valeurs, de son histoire pour être français prédomine, et est largement partagée par une partie de nos concitoyens. De ce fait, il n’ y a pas une réelle identification à la communauté nationale, ni disons le sans détour un attachement sincère à la France. L’histoire de France est une partie de l’histoire du monde Pour être français, il faut selon la terminologie officielle, s’intégrer. Or l’intégration mal comprise tend à définir la France au rang de seule et unique horizon indépassable. C’est en cela qu’il faut savoir raison garder : l’histoire du monde ne débute pas avec la France et ne se termine pas avec elle. L’histoire de la France est une partie de l’histoire du monde qui en elle même est multiple, diverse, plurielle. Il ne s’agit pas de faire d’une horde de barbares ou de métèques de nouveaux citoyens français. Il s’agit d’accueillir dans notre pays des gens qui ont une histoire, une culture et qui entendent donner le meilleur d’eux mêmes pour leur patrie d’adoption. Etre français suppose un ensemble de devoirs, mais aussi un ensemble de droits, dont le respect du à l’intégrité de la personne, et des valeurs auxquelles elle croit. Je suis français parce que je me sens intégré à la communauté nationale, parce que j’en ai exprimé le désir et la volonté, parce que je suis attaché aux valeurs de la république, parce que je suis conscient de faire partie intégrante d’une communauté de destin. Mais je suis également d’origine sénégalaise, un pays ou je suis né, grandi et effectué la majeure partie de mon cursus scolaire avant de faire un choix individuel mûrement réfléchi de venir étudier et résider en France. Mon histoire est celle du Sénégal et de la France, elle est faite de la synthèse des deux. Elle ne signifie ni reniement de l’un ou de l’autre. Etre français n’a jamais signifié pour moi assimilation totale, abandon de ma culture, effacement de mes origines. D’ailleurs, la lettre de bienvenue adressée aux nouveaux membres de la communauté nationale par le Président de la République, est on ne peut plus claire « Bienvenue dans notre communauté nationale. Vous lui apporterez vos forces, votre culture, votre histoire personnelle. Vous partagerez ses lois, ses valeurs, ses usages et ses coutumes, tout ce qui fait de la France une République forte, moderne et vivante ». Le ministre de l’Intérieur, candidat aux prochaines élections présidentielles de 2007, affirme devant des militants de son parti le 22 avril 2006, en reprenant les propos de Philippe De Villiers, que « La France on l’aime ou la quitte ». Depuis quand des hommes politiques peuvent-ils se permettre de décerner des labels de bon citoyen à tel ou tel Français ? En quoi Sarkozy est-il qualifié pour évaluer le degré de patriotisme d’un Français ? En vertu de quoi faudrait-il se taire lorsqu’on considère que notre République n’est plus en phase avec les idéaux qui sous tendent son existence? Que pense notre ministre de l’Intérieur de l’article intitulé « Nous sommes un pays perdu » publié dans Libération du 19 avril 2006, et écrit par Cécile Wajsbrot, auteur d’un ouvrage intitulé Mémorial (éditions Zulma 2005). Faudrait-il lui dénier le statut de citoyenne française, voire lui suggérer un exil aux Etats-Unis ou à Londres? Doit-on l’accuser d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de collusion avec un ennemi imaginaire ou tout simplement la considérer comme anti-française ? Qu’est-ce qu’être Français aujourd’hui ? « Vous n’avez pas le monopole du patriotisme » Il est vrai que 2007 n’est pas loin, les calculs électoraux avec. « Le symbolique participe à la reconnaissance des personnes. L'accueil purement administratif n'est pas à la hauteur du parcours effectué par les étrangers. Il faut les accueillir non par le silence mais par un événement exemplaire et remarquable » précise Jean Phillipe Moinet, l’auteur du rapport pour l’accueil solennel des nouveaux Français. D'inspiration anglo-saxonne, les propositions émises par le journaliste sont plus que jamais d’actualité dans le contexte actuel. Intéressantes, elles nécessitent de vraies mesures d’accompagnement qui dépassent l’ordre du symbolique. N’adoptons pas qu’une part des politiques globales initiées par les Américains, Canadiens ou Britanniques pour accueillir les nouveaux citoyens. La démarche de naturalisation ne doit pas être conçue à sens unique - promotion de la France, de sa grandeur, de ses valeurs -, mais elle doit également valoriser une perception positive des nouveaux arrivants, source d’enrichissement pour la nation. C’est donc une nouvelle vision de la citoyenneté française qu’il nous faut inventer : respectueuse des valeurs culturelles du postulant à la nationalité française. Le nouveau slogan du président de l’UMP qui se veut ambitieux et volontaire, a pour titre « Imaginons la France d’après ». Notre credo pourrait se résumer en ces termes « Imaginons le Français de demain ». Imaginons la France dans 200 ans ; une France métissée du point de vue social et culturel, unie dans toutes ses composantes, et forte dans sa diversité. Valéry Giscard D’Estaing avait dit en son temps lors d’un célèbre débat télévisé à François Mitterrand : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». Nous disons à Monsieur Sarkozy, à Philippe De Villiers et à tous les autres dont le fond de commerce consiste en permanence à clamer sous tous les cieux la fierté d’être français : « Vous n’avez pas le monopole exclusif du patriotisme français ». Oui, j’aime la France. Non, je ne
partirai pas Seybani Sougou![]() Seybani SOUGOU est français d'origine sénégalaise, et titulaire d'un diplôme d'études approfondies (DEA) en histoire à l’ l'Université de Paris I Sorbonne. Il a été un des membres fondateurs de l'AMECAS (Amicale des étudiants africains, caribéens et sympathisants), une association estudiantine qui regroupait des étudiants originaires d'Afrique ou des Antilles. Il est actuellement Président de l'Association dénommée Conscience Citoyenne, créée au lendemain du premier tour des élections présidentielles de 2002. Très inséré dans le tissu associatif, c’est un militant engagé qui milite pour la défense des valeurs de la République et la promotion de la diversité. Contact : sougouparis@yahoo.fr |